Gefängnis



 

 
 Contemplons ce monde délabré [Pix]
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Chimère
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Chimère


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MessageSujet: Contemplons ce monde délabré [Pix]   Dim 9 Nov - 19:27

le chant du moineau

Un long boyau noir sinuait entre des murs de masures aveugles ou aveuglés par des planches de bois formant autant de volets de fortune éternels, cachant les trous béants de fenêtres soufflées par l'explosion sournoise et indéfiniment lente du temps. Là, aucun vent, aucun air pur ne s'engouffraient entre les carapaces de pierre vides. Au sol cabossé et anguleux suintait un caniveau tortueux, où s'écoulait irrégulièrement un liquide verdâtre et nauséabond.

Assise là, adossée à une cloison pareille à toutes les autres, Húbris émergeait  lentement de sa torpeur. Des ombres se mouvaient dans le coin de son œil, des couinements s'entendaient par moment. Des rats la contemplaient dans le secret de l'obscurité. Elle ne sut dire où elle se trouvait, ni comment elle avait pu atterrir ici.  Sa tête tangua ; elle faillit tomber à la renverse en tentant de se remettre debout. La faim. Elle mourait de faim, comme toujours. Son dénuement pathétique habituel. Elle puait, crevait à petit feu de famine, n'avait nulle-part où aller, pas d'ami, pas de connaissance charitable pour aider sa pauvre âme.

Elle ne put, même en se concentrant, se rappeler comment elle était parvenue à se relever, ni depuis combien de temps elle marchait. Elle n'avait pas encore atteint la moitié de la ruelle macabre. Tragique, que des pans de sa vie s’échappent ainsi. Bah, peu importe. Par moment, sa vision devenait totalement floue et elle trébuchait, voir chutait, éraflant ses genoux nus. Peu lui importait la douleur. Elle songea brièvement à l'époque où l'on se souciait de l'état de ses plaies, où on lui nettoyait et pansait la moindre de ses blessures pour qu'elle ne s'infecte pas. En ce temps, elle voyageait avec un but, même si ce but la menait sans qu'elle le sache à la mort.

Des voix masculines lui parvinrent, étouffées, d'une des maisons abandonnées, située au croisement avec une autre rue similaire à celle-ci. Elles se rapprochaient à mesure de sa progression, mi-chuchotant, mi-fredonnant une sorte de prière à l'unisson, dont les seuls lots qu'elle perçut, "mort" et "sacrifice", suffirent à provoquer en elle un frisson glacé qui lui parcouru l'échine. Húbris s'arrêta, guidée par ce mince instinct qui la poussait encore à survivre. Son esprit en était éclairci, malgré sa faiblesse physique. Ses jambes lui soufflaient de faire demi-tour, immédiatement. Mais un détail la retint. Parmi les paroles humaines se distinguait une autre voix. Des gémissements. Des pleurs d'enfant, sans doute. Pendant plusieurs minutes, elle hésita, oscillant entre le choix d'une fuite aveugle et salutaire, et la pitié qu'inspiraient les appels tristes de cette présence enfantine. Puis elle se remit en route, un pied devant l'autre. La fuite était presque en tous points préférables. Toutefois, la deuxième option l'avait emporté sur la première. Peut-être s'agissait-il d'une façon de rendre hommage à une certaine personne qui n'aurait jamais laissé tomber un enfant en détresse.

Le chant ténébreux se faisait plus clair, désormais qu'elle se tenait à moins d'un mètre du mur sale qui la séparait des hommes, cherchant tout de même à s'en écarter le plus possible en rasant le mur d'en face. Elle comprit d'autres paroles ; " jeune chair", "répandre le sang". Des cultistes illégaux. Elle espéra un instant que le sang dont ils parlaient ne soit pas humain, avant de déchanter. "Sacrifice de nos semblables", dit une voix se distinguant un peu des autres, tel un grognement assourdi.  Ses mains se mirent à trembler irrépressiblement.

Il est encore temps de fuir, songea Húbris. Si seulement cela était dans ses habitudes. Elle porta sa main à sa poitrine, où son carnet trouvait refuge lorsqu’elle n’avait pas de sac. Comme pour confirmer sa nature, elle perçut à nouveau des gémissements, bien plus proche qu’auparavant. Elle tourna la tête en direction du bruit, dans le boyau adjacent, partant sur la droite de cette ruelle. Elle s’y aventura. À sa droite, des maisonnettes délabrées se succédèrent. La première était occupée par le rituel malsain, la deuxième semblait penchée dangereusement en avant, paraissant prête à s’effondrer sur les pavés. La troisième n’était plus qu’un tas de ruines difformes. Seule l’embrasure de la porte d’entrée, en bois, avait survécu, de l’ensemble de l’architecture d’origine du bâtiment. C’était de là que provenait la voix de l’enfant et il était désormais évident qu’il s’agissait d’une petite fille. Húbris passa sous les trois planches et chercha à localiser la provenance des plaintes.

Je suis là, chuchota-t-elle aussi fort qu’elle le pouvait sans que ses cordes vocales ne résonne, peu désireuse que quiconque ne découvre, à cet instant comme à n’importe quel autre, sa nature.

Elle crut voir un mouvement sous les lattes pourries d’un vestige de plancher. Elle s’en approcha, tâchant prudemment d’éviter de trébucher sur les gravats.

Est-ce que tu m’entends ? Tu es coincée là-dessous, c’est ça ? Ne t’en fais pas, ne pleure plus, je vais t’aider. Reste calme.

Un bruit parvint d’un autre lieu, non-loin, comme le grincement de gonds d’une porte antique. Elle entendit les voix qu’elle avait perçues plus tôt, beaucoup trop claires. Elle eut soudain l’impression qu’elle devait se dépêcher de partir si elle ne voulait pas qu’il lui arrive quelque chose de vraiment, vraiment désagréable.
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MessageSujet: Re: Contemplons ce monde délabré [Pix]   Mar 18 Nov - 20:05

 


Bizarre. Pix était pourtant de bonne humeur lorsqu'elle s'était réveillée ce matin. Elle avait eut le sentiment qu'une importante journée commençait, que l'air était doux, frais;  était bienveillant. Elle avait câliné Hell pendant plusieurs minutes, parlant seule comme toujours, avant d'aller rendre visite à sa communauté. Mais en arrivant, elle fût négligemment chassée par de petits signes de mains. « Oust de là » disaient-ils.

Pff. Elle avait donc quitté le QG pour aller vagabonder et bouder dans Close. Encore une fois, elle allait passer une journée à ne rien faire. Juste... traîner. Encore, encore, et encore. La poussière avait doucement salie ses petites jambes nues sous sa robe qui lui arrivait aux genoux. Elle avait l'air d'une petite mendiante à déambuler ainsi en laissant traîner les oreilles de Hell sur le sol sale. Heh ? Ah, Oui, mais non ! Ce n'est pas parce qu'elle boudait qu'elle allait laisser Hell traînailler comme ça ! Vite fait, elle remonta les oreilles de son précieux doudou contre elle. Elle le serra. « Heureusement que tu es là. Pix serait seule sinon. Pix t'aime, Hell. »

Là, entre deux mèches de cheveux devant ses yeux, la gamine distingua une ruelle plutôt sombre. Enfin, disons, plus sombre que l'ambiance du coin. La petite râfleuse s'y engouffra. Elle aimait bien le sombre. Ca lui rappelait un peu la maison, lorsque Grand-Mère était encore là. « Grand-Mère n'aimait pas beaucoup la lumière. Pix n'aime pas beaucoup non plus. Ca fait mal aux yeux de Pix. Et Hell ? Hell aime-t-il la lumière ? ». Devant ses pieds, une sorte de caisse en bois renversée. Elle ressemblait un peu à un abris. La blondinette leva les yeux vers le ciel. Elle bailla. Oui. Elle se mit à genoux et se glissa entre les ''murs'' de la cabane de fortune. C'était l'heure de la sieste. Hinhin. En position de foetus, Hell toujours dans ses bras dont une oreille boulée servait de coussin, l'enfant s'endormie peu à peu, paisiblement, sa colère envolée.

Le temps passa pendant qu'elle dormait. Les gens marchaient, allaient et venaient dans les rues. Puis... Des hurlements désespérés, des pas de courses, des rires gras et grossiers. Ce fut le silence totale dans les rues soudainement désertes. Quant à Pix ? Oh, elle roupillait toujours. C'est qu'elle a le sommeil lourd cette gamine.
Plusieurs paires de pieds s'engagèrent dans la ruelle où elle sommeillait. Elles s'arrêtèrent devant la niche. Des chuchotements. Une couverture chaude sur les épaules de Pix. Aaah, le sommeil n'en était que meilleur et plus profond.

[...]

Hm. Ca tremble sous le corps de Pix. Hell n'est plus dans ses bras. Le noir en complet. Aucun rayon de lumière en vue. Des pas sur des graviers, quelques bruits et marmonnements incompréhensibles pour l'enfant. Où est-elle ?
« Pix.. ne sait pas où elle est... » Elle sent son petit coeur se serrer. « Hell n'est pas avec Pix..? » De plus en plus fort. « Hell...? » ... Non. Elle est seule. La fillette le sent bien. Elle n'est plus en sécurité. Elle n'est plus sous la protection de Hell. Elle n'est plus sous la protection de Mamie. Elle n'est plus sous la protection de la Meute. Elle n'est plus... qu'une petite fille enfermée dans une boîte que l'on transporte elle ne sait où.

La peur est irrépressible, envahissante. Elle vient, silencieuse, comme un tsunami ravageur qui s'approche d'un doux rivage. Elle monte haut et vient pousser le cœur de Pix dans le vide. Une frayeur innommable.
Comment s'en débarrasser ? Comment l'éloigner ? Comme être encore plus effrayante que la peur elle-même ? Il n'y a qu'une seule solution en vue. Crier. Oui, c'est ça.

S'arracher la gorge, se comprimer les poumons, se déchirer la mâchoire. Pix crie d'une manière encore plus effrayante que celle d'un cochon que l'on envoie à l'abattoir.
S’écorcher les genoux, les tordre les chevilles, se casser les doigts. Telle une harpie en furie, elle s'agite frénétiquement en cherchant vainement la libération. Qu'on la sorte de là. Qu'on la sorte de là... Hell. Où est Hell ? Pourquoi n'est-il pas là...
Le crie change. La voix de Pix se casse peu à peu.


Combien de temps la crise de la gamine a-t-il bien pu durer ? Aucune idée. Elle s'est rendormie soudainement. Epuisée, terrifiée, affamée, elle n'avait plus assez de force. Quelqu'un s'était-il aperçu de sa disparition au sein de la meute ? Allaient-ils la chercher ? Qui étaient ceux qui l'avait transporté et jeté dans ce maudit trou moisi.
C'est en étant mordue par un rat charognard qu'elle se réveilla de nouveau. La bête s'était faite éclater contre... heh, quelque chose, elle ne savait pas vraiment quoi, il faisait toujours sombre, bien qu'elle distinguait un faible halo au dessus de sa tête blonde. Il était mort. Tant mieux. Une vermine de moins dans ce monde.
Hell était réapparu. L'une de ses oreilles menaçait de se détacher de sa tête... Comment les ravisseurs avaient-ils osés faire ça à sa précieuse peluche ? Sa vengeance tombera un jour. Un jour... si jamais elle réussit à ce sortir de ce pétrin...

Déprimée, Pix se recroquevilla sur elle-même, son doudou contre elle. Elle pleurait. Elel ne savait pas quoi faire. Elle ne savait pas où elle était. Elle ne savait pas où aller. Elle ne savait pas depuis quand elle était là. Elle ne savait pas pourquoi elle était là. Elle ne savait pas qui ils étaient. En fait, elle ne savait rien, tout simplement.

Elle pleurnichait toujours. Une petit craquement pourtant lui fit tendre l'oreille. Un petit chuchotement. Comme si quelqu'un lui parlait. Mamie ? Hell ? Non. Ce n'était pas leur voix.
Une petite flamme d'espoir naquit dans le coeur de la fillette. Un sauveur, peut-être. « P.. » Hm, plus de voix. Elle se racla légèrement la gorge. « Pix est là ! Sauvez Pix, par pitié ! ». Oui, un sauveur, elle ne demandait que ça en cet instant.
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MessageSujet: Re: Contemplons ce monde délabré [Pix]   Lun 24 Nov - 19:26

court !

Pix est là ! Sauvez Pix, par pitié.

Le pauvre appel à l’aide souleva le cœur d’Húbris. Une enfant. Elle se posa brièvement la question de savoir si la petite était victime de la malchance ou d’une personne cruelle. Les choix cas lui déplurent.

Ne parle plus, reste calme, intima Húbris, le plus discrètement possible. Je te sors de là en vitesse, promis.

Évidemment, qu’elle allait se dépêcher, sa vie en dépendait sans doute. Mine de rien, elle y tenait, à ce fil invisible qui la mouvait et la poussait à respirer. Elle fit un rapide inventaire des ruines dans le coin d’où provenaient les plaintes. Une planche de bois large et épaisse gisait à l’horizontale, à portée de bras, semblant moins pourrie et moins poussiéreuse que tout le reste autour. Les hoquets de la petite voix apeurée provenaient de là-dessous, plus aucun doute n’était permis. La jeune femme poussa dessus de toutes les forces que le stress de sa position délicate décuplait en elle. L’objet de son assaut résista deux secondes, un temps interminable qui lui donna mille sueurs froides. Puis il s’effondra dans les gravats, soulevant un nuage de particules de terre et de saletés amassées depuis des lustres. Le vacarme causé résonna lugubrement, presque tel un tonnerre terrestre. Dans l’interstice ainsi libéré, une forme humaine recroquevillée serrait précieusement une peluche crasseuse, grosse comme son buste. La petite fille effrayée était là, éblouie par la lumière.

Des bruits de courses et des éclats de voix se firent entendre. Plus le temps de s’attendrir ou de faire plus ample connaissance. Húbris souleva maladroitement – par manque d’habitude –  l’enfant, pour la dégager de son trou, et la posa près des restes de la porte d’entrée. Elle était plus lourde que prévu. La chimère vacilla, crachant tous ses poumons à cause de la poussière. Elle aurait bien porté la petite plus longtemps, mais son corps protestait d’avance contre l’exercice à fournir. La fillette irait plus vite sur ses courtes jambes que portée par une bonne à rien.

Peux-tu courir ? murmure-t-elle, hâtive. Donne moi la main, nous devons vite partir d’ici.

Elle attrape au vol les doigts miniatures qui se tendent et enjambe en trombe les débris jusqu’à la rue. Heureusement que la fillette n’est pas dans le même état d’épuisement physique qu’elle, elle parvient tout à fait à se maintenir à la même hauteur.

À gauche ! ordonne dans un souffle pressé Húbris.

Elle jette à peine un œil à l’autre côté de la rue ; des silhouettes peu engageantes se trouvaient à moins de trois mètres de là. Un homme cria de les attraper. Courir ! Il ne fallait courir qu’une centaine de mètres avant d’atteindre une rue nettement plus fréquentée des taudis, que des gardes arpenteraient sûrement.

Juste un effort. Un petit effort, s’ordonna-t-elle en silence, ahanant, le champ de vision altéré et étréci. Le carrefour se rapprochait, mais lentement, et les poursuivants aussi. Dans sa paume, la main chaude lui rappelait qu’un être comptait sur elle. Elle ne se laisserait pas avoir, pas cette fois. Personne ne mourrait aujourd’hui. Cette certitude lui redonna de l’énergie. Quelques bonds, quelques instants, et elles seraient à l’abris, toutes les deux.
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