Gefängnis



 

 
 Une [CITROUILLE] sur le lierre [Dae] • FIN
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MessageSujet: Une [CITROUILLE] sur le lierre [Dae] • FIN   Mar 11 Nov - 11:38

Il ne faut pas manger ce qui traîne par terre

Close. Décidément le lieu le plus vivant que je connaisse, aujourd'hui particulièrement. Les gens crient, jettent des petits papiers multicolores, me bousculent et m'entraînent dans des rondes sautillantes qui me donnent le tournis. Penaude, je m'éloigne comme je peux de la foule, insensible à toute cette joyeuse ivresse, époussetant vaguement les confettis qui tapissent mes épaules et mes cheveux. En passant près d'un étal de spécialités culinaires du quartier central, je me retrouve entourée d'effluves appétissants de sucre, de graisse. Mon ventre gronde sourdement ; je rentre la tête dans mes épaules et pars en trottinant dans la direction opposée - bien entendu, je n'ai pas le moindre Geld en poche.

Après une dizaine de minutes de marche, j'atteins un lieu plus paisible, pavillonnaire. Le soleil, qui ne perce pas toujours dans les petites ruelles du centre de la capitale, rayonne ici avec force. Le ciel réchauffe mon dos malgré la fraîcheur de l'automne, quelle sensation désagréable ! Je grimace en direction de l'astre, mais la lumière me fait aussitôt baisser la tête. Une multitude de papillons noirs et jaunes dansent au premier plan de mon champ de vision, de même lorsque je ferme les yeux. Je bats furieusement des paupières.

Crrrouc.

Je m'immobilise soudainement. Quelque-chose a craqué. J'en suis sûre. Je mets une poignée de secondes à faire le lien entre le bruit et le petit relief que je sens sous la plante de mon pied. Je soulève le talon, révélant un petit carré de papier bleu roulé autour d'une sorte de toute petite crêpe, sans doute anciennement sphérique, avant que mon poids ne vienne l'écraser. Ce genre de denrée est rare. Je n'en ai vu qu'une ou deux fois dans ma vie.

Un bonbon ?

La surprise me fait momentanément oublier de me taire. Mon imprudence me fait faire un sursaut en arrière ; je me redresse en position défensive. Des bribes de papillons flous à gauche, des restes d'étincelles à droite, réminiscences du soleil, à part ça, rien. Je demeure figée, retenant jusqu'à ma respiration, à l'affût du moindre son.

Un... Deux... Trois...

Je soupire et me détends. Il n'y a résolument personne. Je lorgne avec envie la friandise écrabouillée, puis secoue la tête. Non, on ne ramasse pas les choses comme ça, dans la rue, surtout pour les manger. Toutefois, mon corps proteste contre mon refus et un afflux de salive me monte à la bouche. Entre les odeurs du marchand de rue et ça... Serrant les poings, j'enjambe l'objet de convoitise et commence à...

Un gargouillis douloureux me plie en deux. Mon estomac vide se contracte. Je jette un coup d'œil mauvais en direction du bonbon tentateur. Puis, d'un geste vif, je l'attrape et pars en courant, sans me retourner, ne sachant pas vraiment pourquoi je fuis.

Je m'arrête, complètement épuisée, les mains sur les cuisses. Ma respiration est rauque et les papillons, dans mes yeux, sont revenus en nombre. En plus, mon ventre ne s'est pas calmé, au contraire, j'ai comme l'impression qu'il a été remplacé par une grosse barre d'acier. Au moins suis-je à l'ombre, protégée des rayons par une grande maison totalement couverte de lierre. Une belle bâtisse. Je desserre lentement le poing. Le petit papier bleu luit d’un éclat métallique, presque moqueur. Il semble dire "Mange-moi !" – chose totalement absurde, un bonbon qui parle ? J’ai l’impression que ma faim me donne des hallucinations. J’ouvre précautionneusement l’emballage, révélant une  multitude d’éclats de sucre cristallisé. Méfiante, j’en attrape quelques-uns du bout du doigt, les pose délicatement sur ma langue.

Pas de poison. Et même s’il y en a, peu importe, c’est trop bon pour envisager la question. Quitte à mourir, autant mourir avec quelque chose de délicieux dans l’estomac. Je gobe tout le reste du bonbon émietté. Je n’ai rien mangé d’aussi bon depuis… Bah ! je ne sais même pas en quelle année on est. Je m’assois, dos contre le mur végétalisé, et ferme les yeux pour profiter de l’instant.

Le goût est doux, légèrement acidulé au fond du palais, peut-être fruité. Une sensation de bien-être m’envahit peu à peu. J’ai soudain la sensation de flotter sur un nuage, de vouloir chanter, danser comme une folle. Je rouvre les yeux et me relève vivement.

Le bord d’une fenêtre rencontre violemment le sommet de mon crâne.

Aïïïeee… gémis-je, sentant les larmes me monter au nez à toute vitesse.

Je me recroqueville à terre, les bras sur la tête. Ou comment passer d’un bonheur total à l’enfer.

Aïe aïe aïe aïe, répété-je en frottant vigoureusement mon cuir chevelu, répandant autour de moi des flocons de papier de couleurs vives.

Je suis sûr que cette fenêtre n’était pas ouverte quelques minutes plus tôt. Vraiment sûre. Doucement, je redresse le visage en direction de l’objet du crime, les sourcils froncés par la douleur. Dans l’encadrure, une tête blonde me regarde, visiblement bouche-bée.

Argh, échappé-je encore en me balançant de gauche à droite, mon crâne me rappelant à l’ordre.

Puis je me laisse tomber dans l’herbe, les mains plaquées sur ma tête.

Monde cruel. Et je n’ai même plus de bonbons…

J’ai l’impression qu’une citrouille me pousse sur la tête.
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MessageSujet: Re: Une [CITROUILLE] sur le lierre [Dae] • FIN   Mar 11 Nov - 12:35



Halloween, c’est merveilleux ! Halloween, c’est un jour où on peut manger des tas de bonbons, où on s’amuse, on se déguise, on s’éclate ! Aaaaaaaah Pan, je suis vraiment trop heureuse de ce nouvel halloween qui commence.  J’ai les yeux qui frétillent, des papillons dans le ventre, mon cerveau qui s’enflamme d’excitation, et je crois que je vais exploser vu tous les bonbons que j’ai déjà mangé. Il faut que je me retienne, je dois arrêter de manger toutes ces petites pastilles colorées, ces petites gommes fruitées et les caramels qui collent aux dents, sinon les personnes qui sonneront chez nous n’auront plus rien ! Je regarde le sol de l’entrée du pavillon, il y a des tas de petits papiers : des papiers multicolores, des papiers brillants qui font du bruit quand je pose le pied dessus, des papiers avec des fruits dessinés, des papiers à rayures, des papiers avec des pois, il y en a de toutes les sortes et ils sont tellement mignons que je n’ose même pas les jeter. Et si Athènes se plaint de la saleté, tant pis, je dirais que c’est Bakhome qui les a tous mangés.

Et là, je me suis effrayée. Un bruit sourd se fit entendre, un bruit de cognement, suivit de l’exclamation d’une femme. Je me suis dirigée le plus vite possible vers la fenêtre où le bruit se fit entendre – j’ai même faillit glisser sur un papier, et là, j’ai découvert la femme qui se tenait la tête et continuait de crier de douleur :

« Aïe aïe aïe aïe »

J’ai passé ma tête par la fenêtre et j’ai dit :

- En général, on dit « ding dong » ou « toc toc » pour entrer chez les gens !

Je lui ai adressé un sourire avant de courir vers la porte d’entrée pour aller la rejoindre dehors. De la poche de ma robe de princesse zombie, j’ai sorti une poignée de bonbons emballés que j’ai lancés en l’air.

- Joyeux Halloween ! hurlais-je, d’une voix de morte vivante. En quoi êtes-vous déguisée ?

La femme était au sol, assise, ou plutôt dans une position de quelqu’un qui venait de se laisser tomber sur l’herbe. Elle se tenait toujours la tête, alors j’ai commencé à paniquer :

- Oh mon dieu ! Vous allez bien ? Vous voulez une poche de glace ? Un verre d’eau ? Vous voulez vous allonger dans un lit ?!


Je ne sais pas si le plus paradoxal fut qu’une princesse morte vivante vienne pour lui apporter de l’aide, ou que j’ai eu encore plus peur du mal de tête de cette femme que de son apparence d’halloween.


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MessageSujet: Re: Une [CITROUILLE] sur le lierre [Dae] • FIN   Lun 24 Nov - 18:42

folie, quand tu t’empares de nous !

La petite tête blonde s’approche de moi, paraissant à l’angle de la maison. Je crois qu’elle a parlé d’une sorte d’histoire de "toc toc". Est-ce qu’elle fait référence à ma santé mentale ? Sans me laisser le temps de réfléchir, elle lance des grosses miettes colorées en l’air et hurle :

Joyeux Halloween ! En quoi êtes-vous déguisée ?

Sa voix sonne bizarrement. On dirait qu’elle cherche à imiter une… une sorcière ? Je fais brusquement le lien entre les fêtes, le bonbon, son espèce d’accoutrement inhabituel qui lui fait ressembler à une princesse un peu décrépie.

Halloween ! On fête Halloween, aujourd’hui !

J’émet un dernier gargouillis douloureux, mais la douleur de ma tête est devenue supportable. Puis je me redresse précautionneusement, cependant pas assez vite, car l’enfant s’en inquiète.

Oh mon dieu ! Vous allez bien ? Vous voulez une poche de glace ? Un verre d’eau ? Vous voulez vous allonger dans un lit ?!

Elle débite des paroles à toute vitesse. Je hoche la tête négativement, lui montrant mes paumes vides dans un geste qui se veut rassurant.

Ça va, ça va, tout va bien. Ne t’inquiète pas, je me suis simplement cognée un peu fort.

C’est à peine si le vague trait d’esprit de me demander pourquoi je parle à voix haute me traverse, puis une envie grandissante de sautiller partout s’empare de moi. Tandis que je dévisage la nouvelle arrivante, j’ouvre des papiers qu’elle m’a si gentiment lancé au visage et avale tout rond le plus de bonbons possible. Je lis sur son visage tant de frayeur que de curiosité, peut-être agrémenté d’une pointe d’excitation. Je jette un œil vers ma tenue, qu’elle détaille de ses grands yeux écarquillés.

Ah oui, hum, mon déguisement. Eh bien, je suis un sac à pat… un fantôme noir ! improvisai-je rapidement en esquissant quelques pas qui se voulaient plus clownesques qu’épouvantables. Je viens hanter ton château, chère princesse. Houuuu… Houuuuu…

Je me grandis sur la pointe des pieds et avance en zigzag vers la petite fille, les bras en croix. L’espèce de toile rapiécée qui a atterrit par miracle sur mon dos, un jour ou l’autre, se tend autour de moi et me dessine des ailes en tissu.

Houuuuuuu !

La réaction de l’enfant me fait sourire, fait rare. J’ai l’impression qu’elle s’est détendue. Dansant comme une diablesse, je reprends :

Comment t’appelles-tu ? Moi, c’est Húbris. Tu es mignonne, c’est chez toi, cette maison couverte de plantes ? Très joli, j’aime beaucoup. Tu es seule, ici ?

Elle a comme un imperceptible accent, un détail dans sa posture, sa démarche, que je n’ai pas tout de suite perçu. Elle n’est certainement pas née dans la prison. Je tapote doucement sa petite tête blonde.

Ne serais-tu pas une Perdue ? Eh bien ! Pourtant tu n’es qu’une toute petite fille. Gefängnis te plaît ? J’imagine que ce n’est pas drôle, au début, d’atterrir là, mais on s’y habitue, non ? En fait, c’est même génial, je ne pense pas que ton monde devait être aussi bien. Il y a tant d’endroits fantastiques à visiter, tant de bonnes choses à manger, tant d’incroyables personnes à rencontrer ! D’ailleurs, je suis ravie de faire ta connaissance en ce jour magnifique.

Je fais une pirouette sur moi-même, m’emmêlant les jambes et tombant dans l’herbe molle. Loin d’être fâchée, j’accueille le lit naturel avec délice ; je ne m’étais pas sentie bien depuis au moins aussi longtemps que je n’avais mangé de bonbons.
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MessageSujet: Re: Une [CITROUILLE] sur le lierre [Dae] • FIN   Lun 22 Déc - 19:23



La dame prend des allures de folle dingue. Mais j’aime bien, oh oui ça j’aime bien, les gens pas normaux. Ils me rappellent les êtres étranges que je gribouille sur le papier blanc avec quelques couleurs. Eux non plus ils n’étaient pas normaux, comme toi, mais vous me racontiez des chaleureuses histoires qui me faisaient rire, m’endormir ou pleurer.
La dame est un fantôme. Un fantôme noir. Elle s’agite de tout son corps, secoue ses bras contre le vent, pousse des cris de fantômes. Elle fait bien le fantôme, mais un fantôme noir c’est étrange, mais je n’aime pas la banalité. Un fantôme comme elle c’est unique, c’est exceptionnel, et surtout ce fantôme, il arrive à me poser des questions. Oh oui, quel débit de question qu’elle a la madame ! De nombreuses questions en tout genre. Je n’arrivais pas trop à répondre correctement à ses questions car à peine finissait-elle d’en prononcer une qu’elle y répondait pour elle-même. Alors, j’ai dressé rapidement un portrait de moi-même au fur et à mesure de ses questions. Un portrait entrecoupé, gêné, ou parfois je ne comprenais plus trop car j’avais l’impression d’avoir un wagon de retard.

― Comment t’appelles-tu ? Moi, c’est Húbris.


― Dae.

― Tu es mignonne, c’est chez toi, cette maison couverte de plantes ? Très joli, j’aime beaucoup.

― Merciiii…. Oui mais j’habite avec Bakhome et Ath – je me coupai moi-même pour entendre la suite de son questionnaire.

― Tu es seule, ici ?


― Non j’habite avec Bakhome et Ath…

Je n’arrivai à nouveau pas à finir ma phrase car d’un seul coup, elle arrêta ses questions et posa sa main sur ma tête, tapotant doucement.

Et repris de plus belle.

― Ne serais-tu pas une Perdue ? Eh bien ! Pourtant tu n’es qu’une toute petite fille.

― Oui …

Ma voix s’éteignit doucement dans un silence gêné.

― Gefängnis te plaît ? J’imagine que ce n’est pas drôle, au début, d’atterrir là, mais on s’y habitue, non ? En fait, c’est même génial, je ne pense pas que ton monde devait être aussi bien. Il y a tant d’endroits fantastiques à visiter, tant de bonnes choses à manger, tant d’incroyables personnes à rencontrer ! D’ailleurs, je suis ravie de faire ta connaissance en ce jour magnifique.

Je ne savais pas quoi lui répondre, au fantôme noir. Nos mondes sont différents. J’ai compris qu’elle n’était pas du même que moi, mais qu’elle, elle venait d’ici-même. Pour commencer simple – car oui, je ne savais pas par où commencer, je m’assis sur l’herbe, les jambes en tailleur et commença a conter ce que je savais, ce qui me traversait l’esprit.

― Mon monde était bien, parce qu’il y avait ma maman. Mais il y avait d’autres choses aussi. Le soleil. Des étoiles. Même des étoiles filantes. Il y avait des fêtes pour presque tout. On avait Haloween aussi ! C’était joyeux, comme ici, mais c’était très différent de tout ça. Oh oui, mon monde n’a rien à voir avec les paysages qui nous entourent. C’est très différent.

hrp:
 

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MessageSujet: Re: Une [CITROUILLE] sur le lierre [Dae] • FIN   Lun 29 Déc - 19:08

Air mélancolique...

Un long silence me répondit lorsque je me tus enfin pour reprendre mon souffle. Je me redressai, mon enthousiasme un peu retombé, soudain consciente qu’une distance s’était doucement créée entre mon interlocutrice et moi. Assise dans l'herbe, Dae semblait minuscule, fleur blanche solitaire épanouie dans l'atmosphère automnale. Les yeux dans le vague, elle se mit à parler, paraissant parcourue d’émotions contradictoires à mesure que ses paroles naissaient sur ses lèvres.

Mon monde était bien, parce qu’il y avait ma maman.

Un frisson me saisit. Elle aussi avait perdu sa mère. Pauvre petite chose solitaire. Je connaissais bien ce sentiment d’abandon, cette morsure plus glaciale que n’importe quelle glace des jours les plus sombres du quartier nord. Je m’approchai d’elle et, timidement, la serra contre moi. Que cette jolie princesse morte-vivante puisse souffrir me révulsait.

Mais il y avait d’autres choses aussi, reprit-elle. Le soleil. Des étoiles. Même des étoiles filantes. Il y avait des fêtes pour presque tout. On avait Halloween aussi ! C’était joyeux, comme ici, mais c’était très différent de tout ça. Oh oui, mon monde n’a rien à voir avec les paysages qui nous entourent. C’est très différent.

Elle me rappelait Oliver et ses histoires, désormais. Bien entendu, Halloween était une fête originaire de là-bas. Je me souviens vaguement qu’on me l’avait dit, lorsque je "travaillais" pour les Rafleurs.

On m’a déjà parlé de tout ça. Des milliers de milliers de milliers de petites lumières dans le ciel, des planètes énormes tellement éloignées qu’elles n’étaient pas plus grosses que des fourmis, des qui allaient si vite qu’on ne pouvait que les deviner et même des machines pouvant voler au milieu des nuages. Et un soleil… qui se levait d’un côté de l’horizon et se couchait de l’autre, réchauffant la terre et les animaux sur son passage.

D’instinct, mes yeux se tournèrent en direction des rayons artificiels du solarium, la plus puissante des sources lumineuses que j’ai jamais connue. Il n’était déjà pas possible de la regarder en face. Je ne parvenais pas à imaginer qu’une grosse sphère flottant dans l’espace – vide, un autre concept qui m’échappait – puisse avoir bien plus d’intensité que celle-ci.

L’enfant avait l’air surprise de ma connaissance. Peut-être que mes paroles la réconfortèrent d’une certaine façon. Pour moi, tous ces mots sonnaient comme un rêve lointain, mais sans doute y trouvait-elle un écho familier que je ne pouvais pas saisir.

À Gefängnis aussi, il y a plein de belles choses à découvrir. Si tu veux, un jour, quand tu auras envie de voyager, peut-être demain, peut-être dans des années, viens me retrouver et je t’emmènerais dans mes voyages. Je te montrerais tout ce qui est fantastique, dans ce monde, des ponts de glace, des plaines avec des herbes plus hautes que toi, un lac de lumière, une forêt d’or… Tout ça, je te le montrerai. Je te le promets, Dae.

Je ne pouvais pas rendre son monde à cette fillette pour voir son visage rayonner de plaisir, mais cela, au moins, je le pouvais. Oui, lui faire découvrir les beautés de cette vaste prison était en mon pouvoir, et je n’avais pas l’intention de m’en priver.

Bon, en attendant, qu’est-ce que tu dirais de ça ?

Je lui tendis un bonbon orange en forme de citrouille.
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MessageSujet: Re: Une [CITROUILLE] sur le lierre [Dae] • FIN   Sam 3 Jan - 23:59



Les étoiles brilleront toujours.
Je le sais.

Et Húbris me parle de ces étoiles, comme si elle connaissait tout, déjà. Moi je voulais lui apprendre. Mais si Húbris connait, moi je me contenterai de discuter des étoiles avec elle. J’aime les étoiles, Pan, c’est tellement beau, c’est tellement touchant, car quand le soleil brille, les étoiles sont toujours dans le ciel, elles sont là, on ne les voit juste pas. Des fois c’est pareil avec toi. Parfois je suis avec des personnes et je ne te vois pas, car elles, elles sont là, mais je sais que tu aussi tu es parmi nous. Tu es mon étoile à moi, avec tes propres étoiles sur le bras.

― À Gefängnis aussi, il y a plein de belles choses à découvrir. Si tu veux, un jour, quand tu auras envie de voyager, peut-être demain, peut-être dans des années, viens me retrouver et je t’emmènerais dans mes voyages. Je te montrerais tout ce qui est fantastique, dans ce monde, des ponts de glace, des plaines avec des herbes plus hautes que toi, un lac de lumière, une forêt d’or… Tout ça, je te le montrerai. Je te le promets, Dae.

La voix d’Húbris se teinte d’une émotion particulière.
Je crois que je l’aime bien.

― Je ne connais pas tout, Húbris, mais moi je veux bien que tu m’y emmènes. Moi je souhaite tout découvrir d’ici, car j’adore découvrir de nouvelles choses. Tu sais, moi, sur Terre, avec maman, notre passion c’était les étoiles. J’aimerai tant retrouver quelque chose qui me passionne autant ici, tu sais.

Ma voix s’éteignit pour laisser place à un long silence. Je regardais mes pieds nus dans l’herbe dépassant de cette robe sale et tâche qui me servait de costume. Jamais je n’en avais eu un comme ça.

― Bon, en attendant, qu’est-ce que tu dirais de ça ?

Je regardai les mains d’Húbris me tendant un bonbon. Un bonbon très particulier, en forme de citrouille orange au minois démoniaque. Aussitôt je l’ai pris, j’ai observé la gelée à travers la lumière du Solarium, transparente et orangée, tellement appétissante. Il était mou entre mes doigts, et la chaleur de la lumière n’arrangeait sûrement pas les choses, alors je me suis empressée de le faire glisser sur mes papilles. Je n’avais jamais vu de bonbon comme cela, non plus.

Doux goût acide et tellement unique.

― Merci, je n’avais jamais vu de bonbon ainsi. Tu m’as déjà fait connaître quelque chose de ce monde !

Et à Húbris, je lui ai tendu un petit bonbon dans un emballage d’étoile. Pour éclairer son costume noir.

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MessageSujet: Re: Une [CITROUILLE] sur le lierre [Dae] • FIN   Lun 12 Jan - 21:17

Mes étoiles

En cet instant, son sourire était le mien, bien qu’il ne plane sur mon visage que tel le fantôme que j’incarnais. J’aurais voulu prolonger cet instant pour toujours, cette paix emprunte de bonheur. Je pris dans sa petite main l’étoile de sucre quelle me tendait. Je n’osais pas la manger immédiatement, je voulais la garder telle quelle, pouvoir la contempler indéfiniment. Toutefois, à la chaleur de mes doigts, je sentis la confiserie ramollir. J’ouvris son emballage et, presque à regret, je le posais sur ma langue.

Exceptionnel… murmurais-je en fermant les yeux de béatitude, mue par la saveur unique, douce et acidulée.

Puis j’observais pendant un bon moment le papier doré un peu froissé, pincé entre mon pouce et mon majeur. Soudain, une idée me vint. J’en repliais les bords pour reformer l’étoile qu’elle fut auparavant et, le montrant à Dae, je sortis des plis grossiers de ma tenue mon carnet.

Regarde, lui intimais-je – inutilement, car elle me scrutait déjà avec attention de ses grands yeux candides avec une adorable curiosité.

Caressant brièvement la couverture de cuir, j’ouvris le carnet en prenant soin d’éviter les pages où étaient cachés les morceaux de tissu, et parvins à celle que je cherchais précisément, parmi les dernières pages noircies d’encre, trois années plus tôt. Oliver m’y avait dessiné, un beau jour qu’ils pique-niquaient au lac d’Amsel, des constellations de son monde, dont les noms, précisés en-dessous mais que je ne savais décrypter, avaient sombré depuis longtemps dans les abysses de mon oubli.

C’est mon bien le plus précieux. Il vient de la Terre, comme toi. (Ce terme sonnait bizarrement à mes oreilles. Je ne pouvais m’empêcher d’imaginer un monticule de terreau.) Je vais y mettre cette étoile, juste ici,, poursuivis-je en joignant le geste à la parole. Comme ça, je me souviendrai à chaque fois que je la verrai de toi et de la promesse que je t’ai faite.

Cela faisait vraiment longtemps que mon carnet ne s’était pas retrouvé associé à un sentiment agréable.

 Ça te plaît ? Tu voudrais y rajouter quelque chose ? Un ami a dessiné tout ça, moi, j’en serais bien incapable. Connais-tu leurs noms ?

Et brusquement, l’envie de savoir me démangeait. Il me plaisait en fait beaucoup d’écouter les Perdus parler de leur monde. On le disait tellement plus caste que Gefängnis ! Difficile d’imaginer qu’une toute petite fille comme Dae pouvait y vivre sans se sentir écrasée par l’immensité de là-bas. Affectueusement, je posais ma main sur sa tête et entreprit de lui masser le crâne. Ses cheveux soyeux glissaient souplement entre mes doigts. Je m’interrompis en plein mouvement, m’apercevant qu’ils collaient un peu, à force de manger des bonbons.

Je suis désolée, je crois que mes mains ne sont pas très propres.
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MessageSujet: Re: Une [CITROUILLE] sur le lierre [Dae] • FIN   Jeu 22 Jan - 18:28




Je crois qu’elle savoure le bonbon, la madame, oh oui je crois qu’elle aime cette petite pâte gélatineuse et sucrée, Húbris.

- Regarde.

Oui, regarde Pan, comme Húbris est agile. Mes prunelles se posèrent sur ses mains, grandes mains d’adultes qui formaient, avec le papier du bonbon la petite étoile brillante qui fut mangée. Elle sorti un carnet à la couverture de cuir, et je me suis demandée si Húbris faisait des dessins, comme moi. Si son carnet était un petit carnet à dessin, comme celui que j’ai et dans lequel je nous dessine.

- C’est mon bien le plus précieux. Il vient de la Terre, comme toi, me dit-elle.
- Moi aussi j’ai un petit carnet, je dessine dedans. Sauf que la mien la couverture elle est rouge. Mais le tien est joli aussi, Húbris.

Elle parcouru les pages, et ouvrit une page à la fin du petit calepin, une page où étaient dessinées les constellations de la galaxie.

- Je vais y mettre cette étoile, juste ici. Comme ça, je me souviendrai à chaque fois que je la verrai de toi et de la promesse que je t’ai faite.
- Alors, je t’attendrais, Húbris.

Mes yeux restèrent fixés sur la page qu’elle avait ouverte. Pan, tu te souviens de maman et de ses gros livres sur les étoiles ? Tu te souviens de, quand depuis la fenêtre de ma chambre, la nuit, je te montrai à travers le télescope les constellations que j’aimais ? Moi j’avais presque commencé à oublier la lumière des étoiles, je commençais à ne plus penser à ces créatures célestes qui me fascinaient tant, je commençais à oublier la Terre et ce qui lui était propre.

- Ça te plaît ? Tu voudrais y rajouter quelque chose ? Un ami a dessiné tout ça, moi, j’en serais bien incapable.

C’était trop beau pour que je vienne rajouter autre chose.

- Connais-tu leurs noms ? me demanda-t-elle.
- Là, c’est ce qu’on appelle, la Grande Ours. Et, là, l’étoile polaire, tu sais c’est celle qui brille le plus, de toutes les étoiles ! Même si en vrai, c’est une planète et pas une étoile.

Je me demandais si elle comprenait ce que je bafouillais.

- Et ici, ça doit être une nébuleuse, c’est pleins de poussière et de choses bizarres qui viennent de toute l’espace. Mais c’est très joli, comme ce dessin.

Sa main se posa dans mes cheveux blonds, elle massa ma tête d’un geste régulier, tandis que moi, je continuais d’observer ces dessins qui me rappelaient tant de choses. Je voyais le solarium qui commençait à s’éteindre petit à petit, je voulais faire le tour du quartier boisé pour aller chercher les dernières sucreries avant la nuit.

- Alors, à bientôt, Húbris.

Je fis un signe de la main avant de m’éloigner vers la rue qui passait devant le pavillon du lierre grimpant.

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MessageSujet: Re: Une [CITROUILLE] sur le lierre [Dae] • FIN   Dim 25 Jan - 16:25

Cette lueur qui brillera toujours

Les petits doigts de la fillette voletaient d’une forme à l’autre et me parlait, me racontait une histoire magnifique de sa voix fluette.

Là, c’est ce qu’on appelle, la Grande Ours.

Elle montrait une forme recourbée qui ne m’évoquait rien d’animal.

Un ours, dis-tu. On dirait pourtant une grosse cuillère.

Je crois que ma remarque la fit sourire.

Et, là, l’étoile polaire, tu sais c’est celle qui brille le plus, de toutes les étoiles ! Même si en vrai, c’est une planète et pas une étoile. Et ici, ça doit être une nébuleuse, c’est pleins de poussière et de choses bizarres qui viennent de toute l’espace. Mais c’est très joli, comme ce dessin.

Je peinais à comprendre le flot de paroles qu’elle libérait telle une source de vie. Hochant doucement la tête en buvant le moindre de ses propos, les yeux fermés, je cherchais à apercevoir dans les lueurs résiduelles du Solarium les petits points brillants qu’elle me décrivait telles de vieilles amies.

Tiens ? Si les étoiles étaient vivantes ? Qu’en savaient-ils, là-bas, dans son monde ? Je lui demanderais, à l’occasion. Peut-être que c’était leurs maîtres à eux, sur Terre, des maîtres très nombreux et puissants, mais qui avaient choisi d’être tous petits sauf avec des appareils pour les regarder, et luisants, comme des vers. De là, ils veillaient sur les Hommes. Voilà qui rendait ce lieu dont elle venait moins inconnu à mes yeux.

Un jour, tu me montreras ton carnet, n’est-ce pas ? Je suis sûre que tes dessins aussi sont magnifiques, lui demandais-je lorsqu’elle eut terminé.

Dommage que je n’ai pu prendre de notes. L’encre pouvait rester intacte pour toujours, sur le papier, pas comme les souvenirs. Encore qu’il était fragile, le support blanc et fin. Comme Dae se détournait de mon carnet, je le refermais et le rangeais là d’où il venait.

Il me semblait avoir passé des heures, assise ici, à regarder cette enfant et lui parler comme si nous nous connaissions depuis toujours. Je me sentais si libre, aujourd’hui, si légère. Mais le temps passait, la luminosité diminuait, et je compris à regret en percevant l’empressement de ma nouvelle amie qu’il était temps pour moi de reprendre ma route. Pourtant, paradoxalement, mon cœur ne s’appesantissait pas de ce départ. Ce n’était qu’un au revoir, cette fois, non un adieu. Tout le monde ne disparaissait pas. Certains restaient pour la vie, comme les étoiles.

Il est temps pour nous de nous séparer, murmuré-je en me levant, et tendant ma main à la jeune Perdue pour l’aider à se redresser. Nos chemins se séparent pour l’heure, mais je reviendrais.

Elle acquiesça, solennellement.

Alors, à bientôt, Húbris.

A bientôt, jolie princesse, répondis-je en me fendant d’une révérence, étalant la toile qui me couvrait pour la faire ressembler à des ailes.

Elle me fit un signe de la main avant de faire volte-face. Et tandis que la princesse s’éloignait en direction de la rue, en quête d’une autre fête, d’un autre destin que le mien, je lui offrit la chose la plus précieuse que je pouvais à mon sens offrir. L’airain vibra aux tréfonds de ma gorge. Des notes jaillirent, mélodie de son monde pour éclairer sa marche.

Starlight
I will be chasing a starlight
Until the end of my life


Elle était déjà loin et ne se retourna pas. Je ne su pas si elle m’entendait. Mais avait-ce une importance ?

Vis. Grandis.

Et soit heureuse, Dae.
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