Gefängnis



 

 
 Une petite lueur. #hubris
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Rafleur
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MessageSujet: Une petite lueur. #hubris   Mer 28 Jan - 19:22

Les rires des gens, les sourires sur les visages, les expressions de joie qui s'échappent de lèvres enjouées. Cette bonne humeur ambiante, si étrange, si incohérente pour une population de prisonniers. Tout ce bonheur. Cette ivresse. Cette sensation de bien être ambiant, qui écœure Hurle, lui donne envie de se réfugier dans l'ombre. Dès qu'il sort de chez lui, c'est toujours la même chose. Il essaie de se montrer le plus discret possible, même si sa cicatrice sur le visage le distingue - ce qui le rend plus facile à repérer. Seul, il ne peut malgré tout pas se détendre. Personne, parmi les passants, ne sait que ce jeune homme à l'air un peu dur mais pas forcément méchant est en réalité le chef de ce groupe d'illuminés que l'on appelle Rafleurs. Le chef, et son fondateur. Pourtant, il a presque l'air inoffensif. Presque - car il ne sourit pas beaucoup, ses lèvres s'étirent juste assez pour ne pas détoner dans le paysage. Il porte des vêtements clairs et simples, ainsi qu'un sac tout à fait banal. Tout cela, pour se fondre dans la masse.
Même si toute cette foule lui donne envie de vomir de dégoût.

Au bout d'un moment, Hurle finit par s'éloigner un peu de l'avenue bondée de monde pour tourner dans une rue un peu moins fréquentée. Il s'y sent tout de suite plus à l'aise. Bien sûr, les gens n'ont pas l'air malheureux. Simplement, ils sont pressés, ils ne se préoccupent guère des autres. Ce qui convient beaucoup mieux à Hurle, qui préfère rester discret. Personne ne connaît le visage du chef des Rafleurs en dehors de ses propres recrues, et c'est très bien comme cela. De sorte que les gens qui le regardent pensent avoir affaire à quelqu'un de normal. Ils n'imaginent pas du tout qu'il puisse cacher de lourds secrets. Les gens font trop facilement confiance.

Hurle ne recherche rien de particulier. Aujourd'hui, c'est plus ou moins son jour de congé. Plus ou moins. Quelqu'un comme lui n'est jamais tout à fait en repos. Quand il se détend, des pensées parasitent viennent bien vite détruire sa tranquillité d'esprit. Même lorsqu'il se promène ainsi, il est attentif à ce qu'il y a autour de lui. En quête d'informations, de détails intéressants, ou même de gens. D'ailleurs, plus il s'enfonce, plus les gens changent. Ils deviennent de plus en plus sobres - adieu jolies couleurs vives et ornements divers -, de plus en plus renfermés sur eux-mêmes. Plus proches de Hurle, d'une certaine façon. Des gens qui sont donc plus susceptibles de le comprendre, de s'intéresser aux mêmes choses que lui.
Des gens qui ont pu souffrir des chimères.
Des gens qui ont pu perdre des êtres proches.
Des gens qui ont perdu tout espoir.
Et Hurle est capable de le donner.

Une petite silhouette, recroquevillée à terre, à moitié mangée par l'ombre. Elle attire le regard de Hurle sans qu'il sache trop pourquoi. Peut-être parce qu'il s'agit justement là de ce qu'il cherche à voir. La misère que la prison renferme en son sein. Les Rafleurs ont peut-être pour objectif principal et prioritaire l'extermination des Chimères ; toutefois, Hurle va plus loin. Cette extermination serait plus facile à mener s'il s'agissait d'une organisation légale - d'où l'intérêt de prendre le pouvoir. Un certain nombre de ses recrues le suivent dans cet espoir - parfois, même, en lui reprochant intérieurement de ne pas s'y consacrer assez. Intérieurement, car il n'est guère prudent de contester à haute voix ses décisions. Toujours est-il que les mécontents l'intéressent. Peu importe leur conviction concernant les chimères, l'essentiel, c'est qu'ils n'en soient pas eux-mêmes. C'est peut-être le cas de celle qu'il a en face de lui, il se méfie toujours un peu ; mais bon, il aura bien le temps de le vérifier plus tard. Pour le moment, il doit ferrer le poisson. Hurle s'arrête devant la silhouette et se penche vers elle, un sourire doux - et factice - sur les lèvres. « Bonjour, toi. Est-ce que tout va bien de ton côté ? » Il lui semble que son visage n'est pas celui d'une personne qui se satisfait de son existence. Elle a l'air beaucoup trop fragile, beaucoup trop marquée par son existence. Une cible de choix pour Hurle. Il tend une main vers elle, attendant de voir si elle tremble ou non avant de se décider de la toucher. Le contact physique peut être un atout - cela lui donne plus de force. « Qu'est-ce que tu fais ici, assise par terre ? »
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MessageSujet: Re: Une petite lueur. #hubris   Dim 1 Fév - 15:30


Les ombres se déploient lentement dans l'œil valide d'Húbris. Ses cheveux lui tombent sur la figure sans qu'elle n'ait la force de les en chasser ; elle titube dans une ruelle qu'elle ne connaît pas. Des visages inconnus la dépassent sans la regarder, peut-être même sans la voir. Quel miséreux s'inquiéterait du sort d'un de ses semblables ?

Cela est mieux ainsi. La solitude constitue une façon de vivre comme une autre, plus paisible, plus monotone qu'une existence sociable. Cela convient à Húbris - comme tout lui convient, sans doute.

Quelle importance ?

Close. La capitale pue. Ou est-ce l'odeur persistante du dégoût que la cité lui inspire qui agresse son olfaction de la sorte ? Chaque fois qu'elle passe les portes de la ville, sans trop se souvenir de comment ses pas ont pu la guider là, son faible instinct de survie semble s'évaporer. Close sape ses forces.

Pourtant, elle continue d'avancer, une main glissant sur des murs rugueux et sales, s'éraflant, s'écorchant sans qu'elle ne parvienne à s'en inquiéter, ni en ressentir de la douleur. N'est-elle parvenue au  quartier noir, ce lieu de dénuement pathétique abritant les pires crasses de ce monde ? Le gris, le noir l'entoure, la poisse et la moisissure ; elle, qui n'aime que la blancheur pure et intacte de la neige, le bleu électrique de la glace et qui paradoxalement s'habille de loques absconses, ne se sent pas à l'aise, perdue dans ce recoin d'obscurité.

Malgré tout, Húbris observe. Elle détaille parfois quelques jambes, quelques épaules trop habillées pour la saison - elle sait reconnaître ce genre de signes comme personne, le fardeau honteux qu'elle connaît si bien elle-même : la malédiction des chimères. Comme magnétisé par les difformités cachées, son regard ne se lève que sur le passage d'un trafiqué. Une pensée la traverse brièvement - ni altruisme, ni compassion, ni tristesse, ni amertume, ni dépit. Plutôt une forme de jubilation étrange, inhabituelle, de pouvoir vivre comme n'importe quel individu normal, se vêtir de peu de choses et masquer tout de même à tous sa particularité inhumaine.

Húbris chante intérieurement.

Mais son souffle se fait court. Depuis combien de temps est-elle tombée ? Ses doigts se portent à son visage, laissant sur sa joue gauche une trace de sang, telle une larme mal essuyée provenant de son iris malade. Elle rêve de fraicheur, tandis que son corps la brûle ; rongée par une fièvre liée aux carences que son mode de vie vidé de toute volonté lui impose. Elle ramène lentement ses genoux sous elle, se replie en position fœtale, une épaule contre le mur d'une bâtisse plongée dans la pénombre.

Peut-être Húbris somnole-t-elle quelques instants ; peut-être un jour entier. Le temps s'écoule sans lui donner prise, elle perd tout décompte.

Jusqu'à ce qu'une voix grave et ferme ne s'adresse à elle.

Húbris fournit un effort considérable pour soulever sa nuque hors du cocon que ses jambes et bras protecteurs forment faiblement. Distingue à la lumière qu'elle trouve aveuglante une silhouette penchée vers elle, de carrure forte, respirant avec profondeur et calcul. Sa première phrase se perd dans les profondeurs séparant ses oreilles de sa conscience.

Qu'est-ce que tu fais ici, assise par terre ?

Une paume ferme se pose sur l’épaule froide d’Húbris. Elle reconnaît dans les pupilles sombres qui la scrutent cette lueur avide, sur les lèvres à peine retroussées les sentiments cachés par ce sourire flottant. Celui qui la surplombe aime le pouvoir. Les vieilles habitudes refont surface. Paraître faible, sans défense – une tâche dont elle est parfaitement capable, dans son état. Ce genre d’homme aime contrôler, dominer, posséder.

Húbris ouvre la bouche, la referme. Non qu’elle eut l’intention de parler. Mais elle ne trouve pas de meilleur moyen pour faire croire à son mutisme. Elle lève un bras hésitant et signe vaguement suivant la mémoire vague qu’elle avait conservé d’une époque où elle ne s’exprimait presque qu’ainsi.

« Moi. Pas savoir. Tête. Vide. »

La plupart des Gefängnisiens ne connaissent pas la langue des signes. Pourtant cet homme paraissait la comprendre. Elle crut même percevoir une forme de surprise dans la figure impassible, mêlée peut-être d’autre chose qu’elle ne savait définir. Évocation d’un souvenir marquant ?

« Faim. Seule. »

Elle se sent ridicule d’essayer d’aligner des mots piochés au hasard en espérant qu’ils veulent bien dire la même chose que dans ses restes linguistiques. Ses facultés moyennes et fiévreuses lui font oublier comment formuler des phrases ; mais surtout, à son insu, elle confond seule et célibataire.
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MessageSujet: Re: Une petite lueur. #hubris   Mer 4 Fév - 20:26

Cette cible est intéressante. Hurle la voit comme faible - peut-être est-ce aussi un jeu de sa part, mais ce n'est pas une idée qui traverse l'esprit du chef des Rafleurs. Qu'est-ce que la faiblesse ? une valeur relative. Il était faible quand sa mère est morte. Mais cela ne veut pas dire que son âme est faible - bien au contraire. Pour Hurle, ce sont les événements et les circonstances qui nous donnent de la force, ou nous en retirent - et être ainsi assise par terre n'est guère enclin à en offrir. Cette jeune femme est faible par rapport à lui, et c'est très bien ainsi. Car Hurle pourra alors tenter de la gagner à sa cause. Si elle n'est pas une Chimère, bien sûr. Il lui faudra vérifier ce détail, tôt ou tard ; toutes les recrues passent par cet examen qui consiste à déterminer leur nature. Hurle ne veut pas des chimères, quand bien même elles pourraient l'aider à atteindre certains de ses objectifs. Il est persuadé que le mal est ancré en elle. Et on ne négocie pas avec le mal. On l'extermine. Son esprit malade s'est convaincu que ce qu'il faisait, lui, était bien. Même si ses propres subalternes ne sont pas nécessairement aussi bons que lui. D'ailleurs, la preuve n'est-elle pas justement le fait que Hurle se soit penché vers quelqu'un que personne ne regarde ? Elle ne peut pas se plaindre de son attention. Les autres passent sans la voir. Certes, Hurle est intéressé, mais elle n'est pas censée voir ses motivations. Juste le fait que quelqu'un pose les yeux sur elle.

Aucun son ne sort de sa bouche. Il semble qu'elle veuille parler, pourtant. Et ce n'est que parce que Hurle a l'habitude avec sa petite sœur qu'il baisse un peu le regard. Les mains de son interlocutrice se sont levées, et commencent à bouger. Cela surprend Hurle. Il est toujours étonné de voir des gens qui parlent autrement qu'avec leur voix. C'est un monde auquel il n'est pas étranger. Pourtant, les signes de la jeune femme sont un peu hésitants, et maladroits. Comme si elle avait du mal à parler ce langage. Cela le rend un peu méfiant. Il se demande si certaines personnes auraient divulgué le fait que le chef des Rafleurs a une sœur muette et sait communiquer en langue des signes. Auquel cas, il suffirait de tester les inconnus qui correspondraient au profil - et un type comme lui correspond forcément à ce profil - et de voir ceux qui sont capables de communiquer dans ce langage. Toutefois, le mal est fait, elle a dû remarquer qu'il avait compris ses paroles. Doucement, il passe une main dans ses cheveux, comme il l'aurait avec Aradia. Sauf que son geste a quelque chose d'un peu forcé, de légèrement mécanique ; cela ne vient pas du cœur. Même si ce mouvement reste chaud et réconfortant. « D'accord. Veux-tu que je te paye à manger ? » : demande doucement Hurle, en se redressant et en lui tendant la main qui s'est baladée dans ses cheveux pour l'aider à se relever - si elle le désire. Il ne force personne à le rejoindre ; simplement, une fois qu'on décide de le suivre, c'est pour la vie. La jeune femme ne peut cependant pas être consciente de ce fait, dans la mesure où Hurle n'a rien révélé sur sa façon de voir les choses. « Cela t'aidera peut-être à retrouver la mémoire. Et puis... » Hurle sourit avant d'esquisser rapidement et avec assurance de nouveaux signes. Trahissant ainsi une longue habitude - il n'est pas aussi doué qu'Aradia, qui s'en sert bien plus régulièrement que lui, mais cela fait tout de même des années qu'il pratique et cela se sent dans sa façon de signer. Tu voudrais peut-être t'entraîner, non ? Il ne sait pas si elle le comprendra ou non. En tout cas, si elle est muette, elle l'intéresse. Cette idée ne l'a jamais frappé avec sa propre sœur, mais une personne qui ne sait pas parler avec des mots a moins de chance de divulguer des secrets. Il faudrait pour cela qu'elle signe, ou qu'elle écrive - mais ce n'est pas un problème, Hurle saurait très certainement la dissuader d'agir ainsi. Ce n'est pas quelque chose qui l'effraie. Pourtant, il n'envisagerait jamais d'en faire de même avec Aradia. Il ne veut pas qu'elle traîne trop près de ses Rafleurs car il estime qu'il n'y a qu'auprès de lui qu'elle est en sécurité. « Alors, tu sais ce que tu veux manger, ou je te laisse choisir ? »
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MessageSujet: Re: Une petite lueur. #hubris   Ven 6 Fév - 0:49


Il est gentil. Trop gentil, sans doute. Personne n’est gentil par hasard, mais mû par un but, une idée quelconque. Cela pourrait être une seule envie d’aider son prochain ; toutefois, rien dans cet être droit et fier n’abonde dans ce sens.

Le contact de sa main n’est pas désagréable. Húbris l’accepte et se lève, titube un instant sans que la poigne ne l’abandonne. Elle n’arrive pas à cerner complètement cet homme. Elle ne sait même pas comment il s’appelle. Au fond, veut-elle le savoir ? Elle mettrait presque sa main à couper qu’il lui mentirait. Elle hésite quant à ses propos doucereux. Puis se décide. Elle ne donne plus cher de son corps, dans son état, et un vieil instinct enfoui par elle ne sait quel miracle continue de lui interdire de mourir, surtout dans ce monde hostile qu’est Close.

« Manger, d’accord. Je ne compte pas sur la mémoire. La mémoire fuit. »

Ses gestes se font plus fluides. Ses réflexes lui reviennent, moins aléatoires. Et voilà que l’inconnu signe à son tour, bien plus fluide qu’elle, presque trop rapide, qu’elle réussit malgré tout à capter.

« Tu voudrais peut-être t’entraîner, non ? »

Qu’évoque-t-il ? Elle n’est pas sûre de saisir. S’agit-il des signes ou a-t-elle interprété de travers ? A-t-il dit autre chose qui lui a échappé ? L’esprit brumeux, elle acquiesce. Ses sourires sont presque agaçants. Húbris ne sourit pas et c’est mieux ainsi. Elle ne peut pas comprendre que l’on trouve la force de retrousser ses lèvres et d’ouvrir sa bourse pour un autre. Cette considération la renforce dans le pressentiment que son interlocuteur recherche, attend même quelque-chose qu’elle ignore.

Il la guide dans les dédales de ruelles toutes semblables jusqu’à un étal marchand. Des fumets de graisse et de poussières s’en échappent, lui piquant le nez – l’atmosphère viciée du quartier noir est concentrée ici. Pourtant, parmi les marchandises entassées et peu appétissantes s’en démarquent quelques-unes plus alléchantes, des fruits, des biscuits trop secs mais qui lui mettent aussitôt l’eau à la bouche.

Alors, tu sais ce que tu veux manger, ou je te laisse choisir ?

Il la rebute d’accepter d’une personne ne lui inspirant pas spécialement confiance qu’elle débourse pour elle. Mais après tout, autant profiter de lui tant qu’il semble dans de bonnes dispositions vis-à-vis d’elle.

« Je ne connais pas grand-chose et c’est ton argent que tu mises. Son vocabulaire, sans pour autant être choquant, n’est pas parfaitement adapté à la situation. Le choix est tien. Peu m’importe. »

Elle voudrait comprendre les pensées de cet homme. Son isolement de ces dernières années fut-il si long qu’elle en oublia comment déchiffrer les non-dits dans les signes imperceptibles, les gestes trahissant des arrière-pensées contredisant la façade ?

Non. Enfin, un indice. Sa posture ou sa façon de détourner le regard d’elle pour passer commande tout en prenant garde de conserver sa silhouette dans son champ de vision. Voilà bien de la méfiance, qu’elle avait ressenti plus tôt mais qui lui semble désormais évident. Associé à une intelligence impalpable. Elle porte ses doigts à son ventre, comme pour frotter son estomac vide et douloureux, mais effleure par ce fait la couverture de cuir de son carnet, caché dans les plis de ses fripes sombres. L’homme qu’elle avait connu le plus récemment n’était pas de cette trempe. Plein d’une gentillesse somme toute peu intéressée, d’un courage à rudes épreuves, mais pas intelligent.

Qu’a-t-il comprit d’elle ? Que peut-il saisir par seul esprit de déduction ? Elle a encore bien des cartes dans son jeu, cependant, à mesure que ses sentiments à propos de l’individu se précisent, il lui apparaît de plus en plus vital de ne rien dévoiler de sa condition de Chimère.

Sans doute liée au fait que, si les idiots haïssent les siens, c’est que les hommes les plus brillants, ceux qui savent parler et ne s’en privent pas, abordant dans la rue les plus démunis pour les haranguer et les rallier subrepticement à une cause personnelle, les ont pour le mieux mis en garde. Ces hommes peuvent par conséquent le plus lui nuire. Ou le plus l’aider.

Dans tous les cas, cette nourriture qu’il lui tend est la bienvenue. Elle le remercie aussi chaleureusement que possible, allant jusqu’à esquisser une révérence discrète. Autant éviter de laisser planer le moindre doute préjudiciable pour elle. Elle n’a plus le droit à l’erreur, désormais qu’elle a une dette envers lui.

Est-ce un gâteau ? Le goût sucré, sans être trop marqué, demeure sur son palais. Elle mastique, lente et pensive, tandis qu’il la détaille, s’attardant sur chaque partie de son corps. Détourner le regard pour marquer un point. Sa gêne sera un avantage, si elle le joue correctement. Sans doute cherche-il une substance à emmagasiner de plus sur elle, des informations.

« Je voyage. J’habite partout et nulle-part. » reprend Húbris avec plus d’emphase, échangeant ses victuailles de main selon une logique insaisissable, pensant que tel ou signe s’effectue mieux avec la main gauche ou la droite de libre. Une manie bien à elle. Elle songe un bref instant à comment justifier son périple incessant. « J’aime voir le monde. Je n’ai pas de famille, pas vraiment d’amis. »

Il ne se contentera pas de ces propos vagues. Il aura vite soif de plus d’informations. Sa justification est trop lacunaire pour lui plaire. Elle s’interrompt pour se sustenter, lui laissant quelques minutes de plus pour réfléchir au développement de ses idées.

« Je viens du Nord. Là-bas, il n’y a pas grand-monde pour moi. Donc, même si j’adore mon quartier et que je déteste icelui, je viens pour… »

Pour chercher un but à son existence, se prouver à elle-même que vivre revêt un sens même lorsque les morts s’accumulent plus que les vivants à ses pieds. Une seconde de trop s’écoule.

« Rencontrer des gens. »
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MessageSujet: Re: Une petite lueur. #hubris   Ven 6 Fév - 19:24

A partir du moment où la jeune femme a accepté sa main, Hurle sait qu'il a déjà effectué le plus dur. La mettre suffisamment en confiance pour qu'elle accepte de le suivre. A partir du moment où elle lui saisit la main, elle se fait entraîner, elle quitte sa zone de confort. Tout cela est de très bon augure, mais la satisfaction de Hurle reste sagement enfouie au fond de lui, de sorte qu'à l'extérieur, l'homme ne semble que gentillesse. Si ses yeux brillent un peu plus, on peut toujours mettre cela sur le compte du soulagement. Il faut dire qu'il n'aime guère voir une personne insatisfaite rester dans son coin. Pas alors qu'elle pourrait lui être utile. Ses signes sont un peu plus cohérents cette fois ; peut-être son hésitation première était-elle due au fait qu'elle n'avait pas parlé depuis un moment ? Si personne ne la comprenait, il était normal qu'elle arrête de se servir de cette langue et se laisse murer dans le silence. Auquel cas la proposition de Hurle tient toujours, même s'il ne fait pas cela par altruisme. Comme on l'a déjà remarqué, le fait d'avoir affaire à une muette convient totalement au chef des Rafleurs. S'il doit l'aider un peu pour qu'elle maîtrise mieux la langue des signes, ma foi, cela ne le dérange pas trop. Il fait aussi des choses par lui-même, parfois. Certaines actions pour lesquelles on ne peut compter que sur soi-même. Hurle n'est pas un roi, il n'en est pas au point de tout déléguer. Il ne voudrait pas dépendre totalement des autres. Du coup, c'est plus prudent.

D'autres pourraient s'offusquer de voir qu'elle ne semble avoir aucune volonté particulière. Hurle, lui, n'en est pas gêné, bien au contraire. Si c'est à lui de choisir, c'est encore mieux ; il n'est pas très doué pour s'adapter aux désirs des autres, exception faite d'Aradia. Et il pourrait peut-être faire une exception pour Walker, une fois - même lui n'est pas assez égocentrique pour penser qu'une telle confiance va de soi. Si elle le laisse faire comme il le désire, les choses seront beaucoup plus faciles. Pour elle, et pour lui. Il acquiesce donc. « Soit, je te fais la surprise alors. » Il ne semble pas s'offusquer de ses maladresses, même si elles l'énervent un peu ; il doit avoir l'air calme et compréhensif. Il décide donc de l'emmener à un petit snack qui est, comme par hasard, tenu par un de ses sbires. L'homme a un employé qui n'est pas du tout au courant des activités de son patron, mais qui a déjà vu Hurle, qu'il connaît sous le nom de Silence, et qu'il salue poliment, quand on salue un ami du propriétaire. Un ami, hein. S'il savait. Pendant tout ce temps, il ne lâche pas des yeux la jeune femme, comme s'il avait peur qu'elle s'évanouisse dans les airs. Il ne la connaît pas assez pour lui accorder le minimum de confiance : celui où il vous laisse exécuter ses ordres sans vérifier ce que vous faîtes, et se satisfait d'un simple compte-rendu détaillé. Mine de rien, il en faut du temps, pour en arriver à ce stade, et elle ne l'a bien sûr pas atteint. L'employé lui tend une part de gâteau qu'il tend à la jeune femme en silence. Pendant qu'elle mange, il l'observe ; il sait que c'est souvent dans des moments pareils que les gens ont tendance à se relâcher, et à laisser transparaître leur défaut. Elle pourrait cacher bien des choses sous ses vêtements, mais bien sûr, Hurle ne va pas lui demander de les enlever. Il a bien des défauts, mais on peut dire qu'il respecte la pudeur des autres. Sans doute à cause de son éducation, sa mère qui lui a toujours appris à ne pas lorgner ; c'est une des rares choses qu'elle lui ait laissées, et il y tient comme à la prunelle de ses yeux. Après tout, il y a bien d'autres valeurs de sa mère que Hurle a jeté aux orties. Le fait de ne jamais, jamais tuer, par exemple.

Mine de rien, elle se détend assez pour parler d'elle. Bien sûr, Hurle n'est pas assez stupide pour tout prendre pour argent comptant ; il faudra vérifier chacune de ces informations. Est-elle vraiment seule ? Est-elle vraiment venue pour rencontrer des gens ? C'est quelque chose que Hurle pourrait lui-même affirmer, alors que c'est faux. Toutefois, il acquiesce. Les règles de cette conversation impliquent que chacun d'eux parte du principe que l'autre dit la vérité. La méfiance ne doit pas transparaître dans leur échange, elle doit se cantonner au cœur. Je vois. C'est pour cela que tu étais là-bas, alors. Les doigts de Hurle sont agiles, et il prend bien soin à ralentir son rythme pour se mettre à son niveau. Ce n'est pas la même chose que parler avec Aradia : dans ces moments-là, tout lui semble naturel, même s'il n'a pas son aisance. Il se rend bien compte qu'il serait aisé pour lui de se laisser emporter et de croire qu'il discute avec sa sœur. Aisé, et dangereux. Tu en as du courage, jeune fille. Je ne te conseille pas de traîner dans ces quartiers, ils sont assez dangereux. Moi-même, je ne m'y aventure qu'avec beaucoup de prudence. Même si, au vu de sa musculature et de son aisance à se battre à mains nues, Hurle ne court pas du tout le même danger. Lui craint plutôt de voir sa véritable identité dévoilée, ce qui serait fort fâcheux. Même lui est faillible. D'ailleurs, comment t'appelles-tu ? Il se demande si elle connaît son nom dans la langue des signes. Que ce soit le nom que la société lui donne, ou son nom-signé. Hurle n'a jamais été cherché bien loin, son nom-signé est le même que son nom habituel, vu qu'il correspond au verbe hurler. Mais peut-être n'est-ce-pas le cas de cette jeune femme...
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MessageSujet: Re: Une petite lueur. #hubris   Sam 7 Fév - 20:43


Le rythme des signes que forme avec aisance l’homme s’est ralenti. Il s’adapte à son niveau, attentif, prévenant. Une mise en garde contre les dangers qu’abritent le quartier miteux de Close. Cela la fait doucement sourire, intérieurement ; que sait-il du risque perpétuel que les chimères courent simplement en apparaissant en public ? Elle chasse cependant cette pensée. Elle ne sait pas encore s’il un perdu normal – si une telle chose est possible – ou un des siens. Toutefois, elle connaît désormais son nom, un vendeur l’aillant prononcé plus tôt. Silence. D’où peut bien provenir ce nom étrange ? Lui fut-il donné par une mère aimante ou, comme pour elle, par un géniteur haineux en guise d’humiliation le poursuivant toute sa vie ? Une chose, au moins, est sûre : ce nom ne lui va pas. Il semble plutôt du genre à crier, peut-être s’agit-il de cette impression subtile qu’il dégage d’effusion contrôlée, de pensées bouillonnantes contenues au fond de lui et dont elle ne percevait en surface que des lueurs vives dans ses yeux.

Quoiqu’il en soit, ses conseils ne lui servent à rien. Elle ne risque finalement pas grand-chose, ici, tant que personne n’entend le son de sa voix. Mais bien sûr, cette condition-là est nécessaire. Húbris n’ignore pas que dans la foule qu’elle n’observe pas, dans les ombres qui passent près d’elle en la frôlant sans jamais la toucher, parmi les hurlements et les silences, des hommes et des femmes tapis dans l’obscurité guettent l’occasion, portés par un écho, un murmure chaque jour plus intensément prononcé, promesse de désolation et de souffrances. Rafleurs. Plié dans sa manche, le poids de son couteau lui rappelle son passé lié à ces individus. Pendant ce temps, Silence conserve un léger sourire, s’exprimant de ses gestes désinvoltes. Il la pense sans doute sans défenses, elle prend garde de continuer à paraître le plus reconnaissante possible à son égard, fragile dans son enveloppe physique de trop faible constitution. Pourquoi ne parle-t-il plus à l’oral ? Et s’il avait appris la langue des signes juste pour ne pas être compris de la plupart des gens alentour ? C’est quelque chose qu’Húbris peut comprendre. En même temps, cela renforce sa suspicion envers lui.

« Mesure. »

Un qualificatif totalement antithétique de son nom. Un nom commun, bien plus simple à signer qu’"Húbris", signifiant l’excès poussé à l’extrême, une faute terrible chez un ancien peuple de perdus dont elle a oublié le nom. Sans compter, bien sûr, que cela lui garantit une forme d’anonymat et de conserver une longueur d’avance sur son interlocuteur ou du moins, si lui-même a menti également, de ne pas lui laisser d’avantage sur elle.

Húbris ne lui demande pas son nom en retour, après tout, elle l’a entendu. Ni la curiosité extravertie, ni les paroles superflues ne sont dans ses habitudes. Elle parierait que Silence partage son avis sur la question. Il vaut souvent mieux que les informations viennent d’elles-mêmes, spontanées et involontaires, plutôt que forcées par une interrogation placée à un moment peu judicieux et détruisant des heures de faux-semblant et de construction d’une manipulation solide, mais pas, jamais, à l’abri d’un courant d’air pour faire branler ses fondations.

Malgré tout, il lui brûle de savoir quel contexte a fait que cette personne maîtrise si bien le langage de ceux qui vivent dans le silence, alors qu’il n’y est pas lui-même réduit, bien que son nom le suppose. Se clame-t-il porte-parole des rejets de cette société, comme elle ? Cela l’étonnerait assez. Son regard planté sans signes de gêne ou d’animosité dans le sien, le jeune homme la scrute désormais, immobile dans cette rue où la lumière vive du solarium s’insère au milieu des maisons, réchauffant son dos d’une chaleur qu’elle déteste. Húbris le sent à l’affût d’une ouverture pour placer ce qu’il a à dire depuis qu’il l’a abordé, cette raison qui le meut jusque dans ses rues qu’il a avoué ne pas fréquenter souvent, s’arrêtant pour tendre sa main aux plus démunis, allant jusqu’à débourser pour eux et leur sourire avec une désinvolture feinte mais crédible. Elle cherche ses mots, consciente qu’ils seront cruciaux. Deux choix s’offrent clairement à elle. Suivre cet homme un temps, voir là où il voudra l’emmener – sans doute monte-t-il des projets grandioses, dans son esprit brillant ou même les a-t-il déjà mis en marche, c’est bien le genre d’individu à passer à l’action pour défendre sa cause, elle connaît de telles personnes, et ne peut s’empêcher de les superposer à Silence. L’autre solution qu’elle perçoit est de prendre congé de lui, l’affublant d’une promesse qu’elle n’est pas sûre de tenir du fait qu’elle le remboursera un jour. Bien qu’encore indécise, elle commença à formuler un élément de réponse partant de cette promesse.

« J’ai une dette envers toi. »

Aillant terminé ce qu’elle avait à manger, elle n’avait plus d’excuse pour rester longtemps taciturne. Elle poursuivit donc, choisissant ce qui lui parut le plus juste, au vu de ce que dégageait cet homme, qui, somme toute, attisait sa volonté de le connaître un peu plus.

« [color:d5fe=0099ff]Veux-tu que je te rende un service ? Je ne sais pas faire grand-chose. Je ne suis pas adroite ni forte de mes mains, mais si je peux t’aider, je le ferais.

L’éclair qui luit brièvement au fond des pupilles étrécies de l’homme ne lui plut pas. Pourtant, elle ne l’interpréta pas comme une pensée malsaine – et elle savait bien décrypter ces indices-là. Elle venait de toucher au vif. Il la voulait donc bien pour quelque cause encore inconnue d’elle. Aussitôt, Húbris se sentit intimement convaincue qu’elle avait fait le meilleur choix. Silence ne l’aurait pas laissée partir avec des mots vides de sens. Avec une appréhension mêlée d’une certaine excitation, provenant de ce sentiment étrange que procure le fait de manipuler, elle attendit la réponse à sa proposition.
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MessageSujet: Re: Une petite lueur. #hubris   Dim 8 Fév - 18:58

Il lui a demandé son nom, et elle lui répond que celui-ci est Mesure. Hurle la dévisage un instant avec d'acquiescer. Effectivement, c'est un nom qui lui convient tout à fait. Depuis qu'il a croisé son chemin, la jeune femme semble très attentive à ce qu'elle fait, très prudente ; ses gestes eux-mêmes sont mesurés. On ne pourrait choisir de meilleurs qualificatifs, au final, et Hurle se fait la réflexion que beaucoup de personnes portent un nom qui leur correspondent bien. Lui, Hurle - l'homme qui ne cesse de crier sa douleur dans un langage codé, le langage de la violence. Et elle, la mesure, forme délicate se laissant crever de faim dans la rue. Ils pourraient bien travailler ensemble - même s'ils ne formeraient jamais un duo. Hurle avance seul. Il n'accepte l'aide que d'une seule personne.

Elle a fini son repas, et désormais, une nouvelle question se pose. Vont-ils se séparer ? Bien évidemment, pour le chef des Rafleurs, il importe que ce ne soit pas le cas. Il ne compte pas la relâcher dans la nature sans s'être assuré qu'il ne pourra rien tirer d'elle. A supposer qu'elle présente un quelconque intérêt pour lui, n'importe lequel, ce n'est pas quelque chose qu'il peut se permettre. D'un autre côté, il serait encore trop délicat de lui demander de le suivre. Elle a déjà été certainement mise en confiance - après tout, un homme qui donne à manger à une inconnue affamée ne peut pas être fondamentalement mauvais, n'est-ce-pas ? à moins qu'elle ait l'expérience de personnes comme lui et devine qu'il a des intentions cachées, ce serait possible. Le mieux, dans tous les cas, c'est de la laisser parler. Et les premiers signes qu'elle effectue ravissent intérieurement Hurle. La notion de dette n'est pas quelque chose qui soit véritablement important lui : Hurle n'est pas du genre à s'endetter auprès des gens, et même en admettant qu'il en arrive à cette extrémité-là un jour, il y a peu de chances pour qu'il daigne la rembourser. En revanche, quand les autres ont des dettes auprès de lui, cela l'intéresse. Les gens ont en général un sens de l'honneur beaucoup plus élevé que lui, et ne partagent pas son pragmatisme. Dommage, ça leur éviterait bien des ennuis. Elle se dit prête à lui rendre service ; n'est-ce-pas magnifique ? Pourtant, ce n'est pas ce que disent les doigts de Hurle. Oh, ne t'inquiète pas, je n'ai besoin de rien. Tu n'as pas à te sentir obligée vis-à-vis de moi, cela m'a fait plaisir. Peut-être a-t-elle compris qu'il attend quelque chose d'elle, auquel cas, le mieux est encore de nier. Et puis, que désire-t-il au juste ? Qu'elle l'accompagne jusqu'à son repère et passe les tests d'entrée ? Ce serait trop soudain de lui demander cela. Il doit encore manœuvrer avec un peu plus de subtilité ; au cas où elle a précisément compris quelque chose. Hurle est un bon manipulateur, mais il n'est pas le meilleur ; c'est pour cela qu'au besoin, il y a d'autres personnes parmi les rangs des Rafleurs qui s'occupent de ce genre de choses. Lui, il est trop franc. Ce qui peut sembler assez paradoxal quand on pense au nombre de secrets qu'il garde par devers lui, en particulier vis-à-vis de ses subalternes ; mais bon, il y a des limites à ce qu'il peut leur dire. Hurle n'est pas fou non plus, il n'accorde pas sa confiance impunément. « Tu ne vas pas retourner là-bas, n'est-ce-pas ? ajoute-t-il, cette fois à voix haute. C'est beaucoup trop dangereux pour que je te laisse y aller seule. » L'inquiétude qui teinte sa voix semblerait presque sincère. Presque.
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MessageSujet: Re: Une petite lueur. #hubris   Dim 8 Fév - 22:22


Silence dément ses pensées. Nie-t-il ? Difficile à dire, son visage se veut des plus bienveillants, malgré la force brute qu’il inspire, peut-être sans le savoir. Si elle n’avait pas vécu tant de choses, de par sa condition, Húbris se prendrait facilement au jeu de ses regards francs, de son assez évidente façon de maîtriser sa rudesse naturelle et la compenser par de la gentillesse que l’on peine à croire feinte. Décidément, ce jeune homme inspire presque de la tendresse, sous ses dehors bourrus.

Toutefois, elle se sent soulagée d’un poids par ses paroles. Elle est sûre qu’il n’imagine pas à quel point elle a l’intention de prendre son affirmation pour argent comptant ; déjà, sa dette est raillée de ses priorités. Non que cela ne puisse jamais faire pencher la balance en faveur de telle ou telle action, si l’occasion se présente un jour, mais elle n’en fera plus une obligation. Se contentant d’acquiescer, elle détourne les yeux, faisant mine d’observer les ruelles alentour, comme pour signifier qu’elle va prendre congé. Il suit son regard.

Tu ne vas pas retourner là-bas, n’est-ce pas ? dit-il à voix haute, puisque son attention n’est plus focalisée sur lui.

Où veut-il qu’elle aille ? Elle lui rend une expression balancée entre l’indécision et l’interrogation muette demandant s’il avait une meilleure idée.

C’est beaucoup trop dangereux pour que je te laisse y aller seule.

Elle fait un geste ample de la main pour lui faire comprendre qu’elle ne requiert plus son aide, bien que la face qu’elle s’est volontairement composée clame le contraire. S’il voulait une ouverture de ce genre, elle vient de lui fournir le moment rêvé pour lui. Cependant, elle ne souhaite pas lui rendre la tâche trop facile, autant ne pas passer pour une proie dénuée d’intérêt.

« C’est bon, je vais chercher une auberge, je me débrouille, merci. Au revoir. » signa-t-elle brièvement, avant de faire volte-face sans plus de considération pour Silence.

Que va-t-il faire ? La laisser s’en aller dans une direction que l’on peut aisément deviner hasardeuse rien qu’à voir ses coups d’œil hésitants au moindre croisement, sa démarche irrégulière, plus encore en essuyant ce mensonge trivial qu’elle se dirige vers un refuge qu’elle ne pourra pas s’offrir, n’ayant même pas pu se nourrir décemment depuis plusieurs jours ? Elle penche plutôt sur le fait qu’il va l’interpeler, la retenir par un moyen ou par un autre.

Pourquoi réagit-elle ainsi ? Un tel comportement aussi calculé envers une personne ne l’avait plus saisie depuis des années. Húbris se surprend à ressentir des émotions qu’elle avait oubliées. Comme une forme indiscernable et pétillante dans sa poitrine, un défi intellectuel, une envie de jouer. Impression puérile et presque nouvelle, tant son esprit l’avait enfoui sous des masses pessimistes et suicidaires.

Néanmoins, il ne l’exhorte ni physiquement ni par des mots à demeurer près de lui. Elle ne se retourne pas. Aillant perdu de vue le jeune homme, elle ne sait pas encore s’il la suit. Ses pas la guident aléatoirement ci-et-là, désordonnés, injustifiés. Elle croise des inconnus, seuls ou par petit groupes, mêlant le bruit de leurs pas sur la terre battue et les vieux pavés chaotiques aux siens, sans pouvoir y discerner de rythme particulier et régulier provenant de derrière elle. Le dédale des ruelles lui est obscur – le seul endroit où elle puisse se repérer sans hésitation est son nord natal. Elle bifurque à nouveau et se retrouve en vue de l’étal marchand qu’elle a quitté quelques minutes plus tôt. Húbris tourne toujours en rond.

Elle ralentit le pas, se sachant égarée, encore une fois – si un jour elle a cessé de l’être. Voilà l’instant de vérité. Qu’est-il advenu de son bienfaiteur ? Il n’est plus à l’endroit où elle l’a laissé. Sans se presser, elle se rapproche de son point de départ, ne sachant que prédire, ne jetant aucun regard par-dessus son épaule.

Une chose, en outre, est certaine. Dans son dos, où s’étend la pénombre des murs sales du quartier noir, se tapit le Silence.
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MessageSujet: Re: Une petite lueur. #hubris   Mar 10 Fév - 21:02

A nouveau, le moment est crucial. Celui qui va déterminer si Mesure va le suivre sur son chemin de destruction, ou au contraire choisir de retrouver le commun des mortels. Même si, bien sûr, elle n'a sans doute pas conscience de cette alternative au moment où Hurle lui propose de l'accompagner. Dans le pire des cas, elle pourrait se dire que Silence va l'entraîner dans la mauvaise direction ; elle n'imagine sans doute pas qu'elle a affaire au chef des Rafleurs, et qu'avec lui, il n'y a que deux alternatives possibles. Le suivre sans discuter. Ou mourir. Même si, bien évidemment, il ne tue pas tous ceux qui ne le suivent pas - il n'en aurait même pas les moyens, à supposer qu'il en ait la volonté. Si elle lui échappe, à ce stade, elle peut encore conserver la vie, car Hurle ne lui a rien dit d'important. A supposer qu'elle parle de lui - en langue des signes ? difficile alors qu'elle semble s'exprimer si mal et que si peu de personnes la comprennent -, elle ne ferait que donner un peu plus de poids à l'existence de Silence, l'alter ego de Hurle sur la scène publique. Cela pourrait donc lui servir. De toute façon, Hurle a déterminé qu'elle n'était pas encore trop dangereuse pour lui.
Il est impossible qu'elle sache à qui elle a affaire véritablement.

Elle le détrompe en annonçant qu'elle va se rendre à une auberge. Cela devrait le rassurer. Cependant, vu qu'il ne s'inquiète pas pour sa santé ou son confort, ce n'est pas tant que cela un problème. Elle l'abandonne et Hurle ne la retient pas. Ce serait le meilleur moyen de tout faire foirer. De prouver qu'il attend quelque chose d'elle. Le bon chasseur doit savoir faire preuve de patience, et le chef des Rafleurs n'est pas pressé. Elle finira par tomber entre ses griffes, tôt ou tard. En attendant, il doit lui faire croire qu'elle est tranquille. Et cela tombe bien, car il n'est pas seul. Il retourne au snack pour demander à voir le patron, et l'employé le laisse passer sans poser des questions. On lui a bien fait comprendre que Hurle n'est pas le genre d'homme à qui on dit non. Le Rafleur que Hurle recherche sait d'office ce que veut son chef. Une filature. Désormais, Hurle va établir un réseau de surveillance autour de Mesure. Déterminer ce qu'elle fait, où elle va, qui elle rencontre. Bien sûr, aucun de ses hommes ne connaît la langue des signes, mais ce n'est pas si grave, elle doit l'utiliser assez peu souvent de toute façon. L'essentiel, c'est de déterminer le genre de personne qu'elle est, et si elle fréquente des gens connus pour être des Chimères, mais que Hurle laisse en vie pour le moment car leur position sociale font un peu office de piège pour les autres. Si elle rencontre, et semble en bons termes avec eux, il faudra sans doute s'inquiéter. Mais si elle vit une existence normale, et si elle semble manifester du mécontentement, alors elle sera une recrue idéale. Hurle sourit intérieurement. Et voilà une bonne chose de faite.
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